Tricia Foster
Tricia Foster intrigue et charme le public pancanadien depuis son premier opus Tricia 412, lancé en 2004. L’auteure-compositrice-interprète en est à son deuxième album, Commerciale, lancé en 2008, aussi autobiographique que le premier. Native de la région de Cochrane en Ontario, elle a habité North Bay, Ottawa et Montréal. Ses racines bilingues l’amènent à exprimer son art dans les deux langues, et ce parfois dans la même chanson. Musicienne depuis toujours, elle a traîné sa passion dans tous les lieux, tissant son univers au rythme des villes et des gens. Artiste libre, sa plume cherche du sens et exprime ses préoccupations envers les êtres et le monde, et elle n’hésite pas à dire tout haut ce qu’elle pense, faisant fi du qu’en dira t’on. Au son d’un folk-urbain alliant des influences rock, électronica et acoustiques, Tricia Foster se distingue par sa voix unique, son originalité et son énergie inépuisable.
Questions d'entrevue
Quel est ce talent qui vous rend unique ? Comment vous a-t-il servi dans votre cheminement professionnel?
Tout d’abord, en tant que chanteuse, je dirai que mon talent est que je chante bien. Depuis toute petite, j’ai été capable de m’exprimer facilement et sans pudeur devant une foule. D’ailleurs, j’ai participé à beaucoup de concours oratoires où il fallait écrire des textes et les présenter devant tout le monde.
En temps que femme, quels sont les défis particuliers que vous avez eu à relever pour vous imposer dans le milieu de travail ?
A priori non, puisque dans la musique, une femme a autant de chance de réussir qu’un homme. Sauf que, dans l’industrie de la chanson, on a tendance à attendre des femmes qu’elles renvoient une certaine image, plutôt féminine et fragile, alors que les hommes sont généralement plus libres d’être et de faire ce qu’ils veulent. Lors de mon premier album, certaines personnes de l’industrie musicale m’ont même reproché de ne pas avoir mis mon visage sur la pochette de l’album. On m’a expliqué que dans la musique, on veut acheter un visage et un look autant que la musique. Mais on n’en demande pas autant aux hommes !
C’est pourquoi, dans mon deuxième album, j’ai joué la provocation par rapport à ce système en me mettant en scène avec un chariot. Je suis une personne qu’on qualifie de « non conventionnelle », c'est-à-dire que je m’assume en tant que femme et en tant qu’artiste, sans avoir peur du jugement des autres. Je sais aujourd’hui qu’avec mon franc-parler, je fais peur à certains diffuseurs, alors qu’un homme pourra sacrer et être vulgaire sur scène sans que ca dérange personne. Je continue donc ma carrière comme j’en ai envie en me disant que d’une certaine manière, j’ouvre la voie pour d’autres femmes.
D’où vient votre courage?
Je ne me trouve pas spécialement courageuse. J’ai le sentiment de faire ce que j’aime ; je n’ai pas l’impression d’avoir besoin de courage pour continuer, ma passion me guide.
D’où vient votre détermination?
Je dirai que la façon dont j’ai été élevée a eu une grande influence sur ma détermination. Mes parents sont des personnes qui s’impliquent beaucoup et qui m’ont appris à aller au bout des choses et à ne pas baisser les bras. Comme je le disais précédemment, mon métier est une passion et je n’ai pas besoin de courage ou de détermination pour avancer. Par contre, il me faudrait beaucoup de détermination si je devais arrêter aujourd’hui et retourner aux études.
Quels conseils auriez-vous à partager avec les autres femmes en ce qui a trait à l’équilibre travail – famille?
C’est difficile pour moi de répondre à cette question, car même si je suis mariée à quelqu’un, d’abord je n’ai pas d’enfants et ensuite je partage ma vie avec une personne issue du même milieu que moi, la musique. Comme elle fait le même métier que moi, elle en comprend les problématiques ; c’est donc plus facile pour notre couple de fonctionner et d’accepter les exigences et les contraintes liées à mon métier. Il faut savoir que j’exerce un métier qui n’est pas « normal » ; je ne suis pas certaine que j’aurais été capable de vivre tout cela dans une autre vie, plus conventionnelle.
Quel est le déclencheur dans votre parcours, c'est-à-dire qu'est-ce qui vous a conduit à choisir cette voie?
Je crois que je n’ai jamais eu de « moment » déclencheur ; la musique s’est imposée à moi tout au long de ma vie, depuis l’école élémentaire où je suis devenue premier solo de ma classe, en passant par la chorale de mon église dans laquelle je chantais tous les dimanches, jusqu’à ce groupe que j’ai formé à 16 ans et qui a gagné le concours Radio Canada, ce qui nous a permis d’enregistrer un album. Elle m’a enfin rattrapée, quand j’ai gagné une bourse du Conseil des Arts de l’Ontario pour enregistrer mon album, et que j’ai du quitter mon bac en histoire pour prendre cette opportunité. C’est comme si la vie avait décidé pour moi, c’est comme s’il y avait eu mille moments déclencheurs.
Quelle est la réalisation dont vous êtes la plus fière?
Je suis très fière de mes albums, surtout le deuxième qui me ressemble plus. Lors de l’enregistrement du premier album, je me suis fait beaucoup guider parce que j’apprenais le fonctionnement de l’industrie musicale. J’ai mis quatre ans à sortir le deuxième album car je voulais prendre le temps, faire des recherches, mûrir. J’ai mis dans cet album tout ce que j’avais adoré et détesté pendant ces quatre années. C’est pour cela que je l’ai appelé « Commerciale ». Je ne suis pas une fille de compromis.
A ce moment-ci, quelles sont vos implications communautaires?
Dans le passé, j’ai été très impliqué dans ma communauté, particulièrement dans les centres pour femmes comme au Chainon à Montréal. Aujourd’hui, je ne peux pas m’investir autant à cause de ma carrière, mais je considère que l’important est de pouvoir faire des petits gestes au quotidien, d’être une bonne personne chaque jour, à chaque fois qu’une occasion se présente. Pour moi, ca passe par aider une personne âgée à faire fonctionner son fauteuil roulant dans la neige, ou à faire mon propre compost à la maison, ou encore, comme je l’ai fait récemment, à me raser la tête et à offrir mes cheveux pour faire des perruques pour les enfants atteints de cancer.
Que faites-vous pour prendre soin de vous en temps qu’individu?
Premièrement, je soigne mon physique par un entrainement régulier. Je cours beaucoup pour me détendre, très souvent avec ma sœur avec laquelle je me prépare pour courir des semi-marathons. Cette activité est essentielle pour me détendre. Ensuite, je lis énormément. Je lis sur toutes sortes de sujets, particulièrement sur la cause des femmes. J’ai toujours été fascinée par les femmes fortes. C’est d’ailleurs pour cela que j’avais d’abord choisi un bac en étude de la femme avant de me réorienter vers l’histoire. Enfin, je prends du temps pour faire les activités qui me plaisent comme participer au compostage communautaire, tricoter ou jardiner.
Selon vous, votre expérience et votre expertise, quel est le secret du succès chez la femme?
Je dirai que le secret des femmes réside en la solidarité. Je trouve qu’on est trop souvent portées à la jalousie et à l’envie entre femmes, alors qu’on devrait cultiver la solidarité, le respect, les rencontres et les collaborations. Ce pourrait devenir la grande force des femmes. Il y a de la place pour tout le monde, et chaque force devrait être vue comme une complémentarité plutôt qu’une menace.



