Accueil Imprimer cette page Pour nous joindre Recherche Carte du site  
           
»» 2009

»» 2008
»» 2007
»» 2006

     
 
 
Portail des membres
 
  Mot de passe oublié »  
   
 
 
 

 


 

Élisabteh J. Lacelle

Madame É. J. Lacelle est une franco-ontarienne reconnue comme pionnière sur le plan professionnel, intellectuel, social et religieux. Ses études sur les femmes et les religions en ont fait une conférencière sollicitée à travers le monde entier, reconnue pour sa promotion incessante de la place des femmes dans l’Église. Fondatrice de plusieurs groupes de recherche sur les femmes et la religion et de deux organismes toujours en activité, elle a notamment été la première femme franco-ontarienne théologienne, première femme à la direction du Département des Sciences religieuses de l’Université d’Ottawa, première femme canadienne Membre titulaire de l’Académie internationale des sciences religieuses, et première femme rédactrice en chef de la revue Sciences religieuses. Ses nombreuses publications ont été traduites en plusieurs langues, et l’une d’entre elles a reçu le Prix du livre de la ville d’Ottawa en 1996. Membre du Club Richelieu Hélène de-Champlain Ottawa-Ouest, elle organise annuellement des débats d’idées pan-régionaux.

 

Questions d'entrevue

 

Quel est ce talent qui vous rend unique ? Comment vous a-t-il servi dans votre cheminement professionnel?

Je crois que c’est le don de la parole, orale et écrite, la voix et la présence pour la porter.  Très jeune, j’ai pu le développer : leçons de diction, théâtre, préparation aux concours de français provinciaux (lauréate au Secondaire). C’est un atout pour tout ce qui touche à la communication.  Ce don, allié à ma forme d’intelligence peut-être.  J’aime aller au cœur des choses et, en même temps, en saisir les contours.  C’est précieux pour tout ce qui demande de l’organisation.

Cela a été très utile dans mon cheminement professionnel de professeure et de conférencière ; pour la direction d’un département, la présidence de comités, la création de groupes d’étude et autres projets.

En tant que femme, quels sont les défis particuliers que vous avez eu à relever pour vous imposer dans le milieu de travail ?

Du fait que je sois parmi les premières femmes professionnelles dans le domaine de la théologie et des sciences de la religion, les défis n’ont pas manqué, entre autres :

a. le milieu à dominante masculine : mes manières de penser, mes questions, mes suggestions, la crédibilité de ma parole, ma voix de femme elle-même dans ce milieu,

b. rester moi-même : en théologie par ex., comment acquérir des connaissances doctrinales traditionnelles et les penser, les formuler, par moi-même ; comment établir l’équilibre entre la raison et l’intuition, que j’ai toujours voulu garder ensemble, ce qui m’a amenée à proposer aux études des femmes un mode de penser que j’ai qualifié de poïétique, cf. La femme, son corps et la religion (1980) ;

c. faire face aux standards souvent exigés des 1èrefemmes en poste de direction : celui du Département des Sciences religieuses à l’Université d’Ottawa. de rédactrice en chef de Sciences religieuses/ Studies in Religion, de groupes d’études pluridisciplinaires (fin des années 70 ;

d. penser autrement : le défi de la créativité intellectuelle dans un monde académique encore établi sur le modèle des sciences classiques a été particulièrement difficile ;

e. prendre la parole dans l’Église, l’interpeller avec des visions théologiques autres que les traditionnelles, promouvoir la reconnaissance des femmes en tant que personnes baptisées à part entière, etc.

 

D’où vient votre courage?

Je ne sais pas si c’est du courage.  J’ai certainement traversé des difficultés.  Par ailleurs, au cours des années 1970, le mouvement des femmes a eu comme effet de faire prendre conscience de l’importance qu’elles soient présentes et reconnues dans le milieu professionnel : j’en ai donc, pour une bonne part, bénéficié.  Ce qui m’a soutenue, en plus de l’encouragement des proches (famille, amis, étudiant-e-s, certains collègues, public), c’est une vie intérieure, spirituelle, intense.   Dans mon cas, elle a généré et elle génère une grande énergie amoureuse – passion si vous voulez – pour les personnes, les tâches à accomplir, etc.  Lorsque je me suis trouvée devant la tentation du découragement ou même de l’aigreur, j’ai toujours réagi en me disant qu’on ne m’enlèverait pas l’amour.  «Je le sais bien, moi, la fontaine qui coule et court, malgré la nuit…» (Jean de la Croix).

 

D’où vient votre détermination?

Lorsque je suis convaincue qu’une chose vaut la peine d’être accomplie, je vais jusqu’au bout, même si je rencontre des obstacles.  Je les traverse.  Par exemple, lorsque j’ai fondé le Groupe d’études interdisciplinaires sur les femmes et la religion (1979) on a tenté de me décourager en faisant valoir que l’approche classique était plus sûre.  Je savais qu’en risquant cette approche (suite à l’expérience que j’en avais fait à l’Université de Strasbourg) je compromettais mes promotions dans le rang.  En même temps, j’étais convaincue que la question de la condition des femmes et son étude, par elles-mêmes, ne pouvaient plus être approchées à partir d’une science isolée.  J’ai donc poursuivi et contribué aux premiers balbutiements, peut-on dire, des études des femmes.  Des collègues, telle la sociologue Danielle Juteau, ont reconnu avoir bénéficié de ce milieu au début de leur carrière scientifique (voir  L’incontournable échange, p. 265-284)

Quels conseils auriez-vous à partager avec les autres femmes en ce qui a trait à l’équilibre travail?

Les conditions de travail ont bien changé depuis les années 1970.  Même si cet équilibre reste encore difficile, il y a plus de possibilités aujourd’hui de le maintenir (congés parentaux, ordinateur et internet pour le travail chez-soi, etc.).  Pour ma part, j’ai toujours eu le sens de la famille.  Puis, comme religieuse, j’avais fait l’expérience de la famille communautaire.  Cela m’est resté.  Il y a eu des années où j’ai dû sacrifier le ressourcement d’une vie familiale – et amicale - normale (années de conférences internationales, etc.) mais jamais les moments importants des fêtes ou des épreuves.  Un conseil?  Il me semble très important de développer, tout au moins, des liens forts d’amour avec les proches, et pas seulement de présence «utile»; de les exprimer chaque fois qu’on le peut, de sorte que lorsqu’il faut partir ou investir plus de temps dans un projet, l’autre est assuré que la distance n’est pas absence mais un temps ailleurs où on l’amène et d’où on reviendra.   J’ai compris aussi l’importance d’assurer des plages de dialogue pour que chacun-e exprime ses attentes et ce qu’elle/il peut apporter tout en se gardant libre pour s’accomplir elle/lui-même.

Quel est le déclencheur dans votre parcours, c'est-à-dire qu'est-ce qui vous a conduit à choisir cette voie?

J’ai cherché longtemps le lieu où je serais le mieux moi-même, pour les autres autant que pour moi.  J’ai eu la chance de rencontrer quelqu’un qui a cru en moi.  J’étais jeune religieuse.  À l’Université d’Ottawa, on voulait renouveler le programme des Sciences religieuses.  Le directeur du Département a demandé à mes Supérieures que j’aille aux études.  C’était en 1963. Pour la première fois, la Faculté de théologie de l’Université Saint-Paul accueillait des femmes (nous étions deux) à son programme conduisant au grade universitaire et ecclésiastique. Lorsque j’y ai entrepris mes études, je savais que c’était en vue d’un poste universitaire.  Je les ai donc abordées dans un esprit professionnel tout autant que vocationnel.  Dès 1968, j’offrais un Séminaire sur les femmes dans le christianisme au Département des Sciences religieuses de l’Université d’Ottawa.  C’était vraiment ma place : «une terre en friche» pour une femme au plan intellectuel, spirituel et de l’engagement ecclésial et social.

Quelle est la réalisation dont vous êtes la plus fière?

Je ne sais pas.  Il y a des petites choses que j’ai accomplies qui n’ont pas de prix pour moi : soutenir une étudiante en thèse doctorale, promouvoir une collègue pour qu’elle aille jusqu’au bout de son talent.  D’autres m’ont permis de faire avancer les connaissances : la fondation du Centre canadien de recherche sur les femmes et les religions à l’Université et tout ce qui a suivi.  D’autres ont été des occasions merveilleuses de contribuer à la formation des femmes, à la prise de parole par exemple, ou à la mise sur pied d’associations d’études ou d’engagement social.  Ce dont je suis le plus fière, c’est d’y avoir cru et d’être allée jusqu’au bout de ces projets qui ont contribué à ma propre croissance en même temps qu’à celle de nombreuses autres personnes. 

A ce moment-ci, quelles sont vos implications communautaires?

Je continue à contribuer à la communauté académique par des écrits et des conférences, la participation à des jurys de thèse, le travail d’édition.  De plus, ces dernières années, j’ai trouvé un lieu d’engagement dans la communauté francophone régionale en tant que membre du Club Richelieu.  J’ai présidé le club Hélène-de-Champlain Ottawa-Ouest en 2004-2005 qui s’est mérité la mention régionale d’excellence cette année-là. Depuis 6 ans, j’y suis responsable des 7 ou 8 conférences annuelles et présidente du Comité ad hoc sur Les Statuts et Règlements.  Nous venons de produire un Recueil de nos coutumes qui fera date je crois.  Et je suis particulièrement fière d’avoir inauguré un Débat d’idées annuel régional sur des sujets qui nous concernent socialement et culturellement : le Canada, pays de deux peuples fondateurs? (2007); les accommodements raisonnables (2008); Les changements climatiques : mythe ou réalité (2009).

Que faites-vous pour prendre soin de vous en tant qu’individu?

Chaque matin, avant de me mettre au travail, je me donne un temps de méditation et de prière, puis de lecture qui ressource.  Une marche quotidienne m’est devenue indispensable de même qu’un massage de tête hebdomadaire chez ma coiffeuse!  La musique me détend – plusieurs genres compris -.  Jeune, j’ai pris des leçons de piano et depuis 1988, j’ai une spinetta (le virginal anglais), sorte de petit clavecin qu’on peut voir et entendre dans Paroles ontariennes, TFO, BPN : 387904.  Autant que possible, je me réserve un temps de ressourcement annuel, en France (Paris) ou en Belgique (Bruxelles) chez des amis.  L’amitié, aussi bien que les liens familiaux, me ressourcent.  

Selon vous, votre expérience et votre expertise, quel est le secret   du succès chez la femme?

 

Le secret du succès chez la femme?  Chacune a son secret!  Et la femme n’est pas aussi facile à cerner qu’elle l’était!  Elle est en transmutation, pour prendre un terme technique, tout autant que l’homme, en ces temps de mixité nouvelle des uns et des autres dans tous les domaines.  Par ailleurs, à partir de l’expérience que j’en ai, il y a peut-être une «manière» femme qui peut lui apporter du succès, de même qu’aux milieux où elle se trouve.  Je pense à la capacité qu’ont les femmes – du moins présentement – de garder un lien entre la vie privée et la vie publique (tout en distinguant les exigences propres à chacune), qui se traduit par une cohérence dans la vie.  Les femmes, les psychologues l’observent et je suis d’accord avec elles/eux sur ce point – la conscience féministe l’a d’ailleurs toujours cherché- se vivent comme un tout : tête, cœur, corps.  Elles arrivent ainsi dans le milieu professionnel qui, lui, est souvent tête (raison ou technique) seulement.    Si les milieux de travail se transforment pour devenir davantage des lieux d’épanouissement non seulement des capacités techniques mais aussi de la personne corps, cœur et esprit, ce sera sans doute le «secret» de la femme qui y aura contribué.

     
     
 
 
TOUS DROITS RÉSERVÉS RÉSAFF 2008